Dans l’ombre des sagas de LitRPG, les traducteurs qui font “jouer” les lecteurs français
Découvrez les coulisses de la traduction de la LitRPG en France
Lorestone, le premier label éditorial français dédié à la LitRPG poursuit sa mission : rendre accessibles aux lecteurs francophones les plus grandes sagas internationales du genre. Derrière chaque aventure se cache pourtant un travail essentiel et souvent méconnu : celui des traductrices et traducteurs.
À mi-chemin entre littérature de l’imaginaire, jeu vidéo et culture geek, la LitRPG possède ses propres codes, son vocabulaire et ses mécaniques narratives. Pour les lecteurs français, l’immersion dans ces univers repose en grande partie sur le travail des traducteurs, chargés de retranscrire non seulement des histoires, mais aussi tout un écosystème culturel.
À travers les témoignages de Chloé Atangana (Dungeon Crawler Carl), Hermine Hémon (Iron Prince) et Antoine Pinchot (System Universe), Lorestone souhaite aujourd’hui mettre en lumière celles et ceux qui permettent à ces univers de prendre vie en français.
Traduire un univers autant qu’un texte
« Lorsqu’on traduit un roman classique, on reconstruit une voix, un style, une époque. En LitRPG, on ajoute à cela un système tout entier », explique Antoine Pinchot, traducteur de System Universe et ancien scénariste de jeux vidéo sur GreedFall et Steelrising. « Un terme choisi dès le premier chapitre devient une contrainte définitive. Au fond, ce travail s’apparente presque au codage : une incohérence terminologique, et c’est tout l’édifice qui risque de s’écrouler. »
Cette exigence de cohérence revient dans tous les témoignages des traducteurs. Interfaces, compétences, objets, créatures, statistiques ou encore arbres de progression doivent conserver la même logique tout au long d’une saga parfois composée de milliers de pages.
Une immersion qui repose sur chaque mot
Pour Chloé Atangana, traductrice de Dungeon Crawler Carl, l’enjeu principal est de préserver l’immersion qui fait la force du genre.
« Une traduction trop littérale des termes relatifs aux jeux vidéo risquerait de casser l’immersion du lecteur. Les mécanismes empruntés au monde du gaming ne constituent pas le récit ; ce sont des outils narratifs qui se mettent au service d’une véritable histoire. »
Dans la LitRPG, le lecteur ne suit pas simplement les aventures d’un personnage : il découvre les systèmes en même temps que lui, analyse les statistiques, comprend les règles du monde et anticipe son évolution. Chaque choix terminologique participe donc directement à l’expérience de lecture.
« Le lecteur joue en lisant », résume Antoine Pinchot. « Si une mécanique devient floue ou incohérente, l’illusion se dissipe immédiatement. »
Entre fidélité et adaptation
La traduction de la LitRPG demande également un travail constant d’adaptation.
« Nous devons tout déconstruire puis reconstruire à l’identique avec les moyens du bord », explique Hermine Hémon, co-traductrice d’Iron Prince. « Il faut parfois déplacer une blague, adapter une référence ou inventer un terme pour obtenir le même effet en français. »
Les traducteurs doivent en permanence trouver un équilibre entre fidélité au texte original et accessibilité pour le lectorat francophone.
« Certains termes anglais sont devenus universels dans la culture gaming », poursuit Antoine Pinchot. « D’autres nécessitent une adaptation pour que les joueurs francophones s’y retrouvent naturellement. L’objectif est que le gamer se sente chez lui sans exclure les lecteurs qui découvrent cet univers. »
Une passerelle vers un nouveau public
Si la LitRPG trouve aujourd’hui un écho grandissant en France, c’est aussi parce que ses thématiques dépassent largement le simple cadre du jeu vidéo.
« Ce qui m’a immédiatement séduite, ce sont les enjeux profondément humains derrière les mécaniques de jeu », explique Chloé Atangana. « La survie, l’entraide, la déshumanisation ou encore les choix moraux sont des thèmes universels qui parlent à tous les lecteurs. »
Pour Lorestone, la traduction joue donc un rôle essentiel dans l’ouverture du genre à un public toujours plus large.
À travers leur travail, les traductrices et traducteurs ne se contentent pas de rendre ces histoires accessibles : ils permettent à toute une nouvelle génération de lecteurs francophones de découvrir des univers qui renouvellent profondément les codes de la fantasy et de la science-fiction.
Appel à manuscrits : Lorestone recherche sa prochaine plume française de LitRPG
Après avoir publié des références internationales du genre telles que Matt Dinniman, Zogarth, SunriseCV et Bryce O’Connor, ainsi que l’auteur français Pierre Grimbert (Le Sablier noir, à paraître en septembre), Lorestone lance un appel à manuscrits pour découvrir son ou sa prochaine autrice de LitRPG.
Pour candidater, le manuscrit doit répondre aux critères suivants :
- Être un roman inédit, non publié et non sous contrat avec une autre maison d’édition
- Intégrer les codes de la LitRPG (progression, fiches de personnage, équipement, mécaniques inspirées des jeux vidéo, etc.)
- Ne pas relever exclusivement de la fantasy ou de la science-fiction traditionnelles
- Compter au minimum 600 000 signes, espaces compris









